Professeur émérite à l'Université Paris-Nord
Président de la WOSC

Robert VALLÉE


La caverne de Platon
 

06-12-2008


      1  -  L'allégorie              2 -  La diversité nécessaire          3  - Le transfert inverse       

 

            1 - L'allégorie de la caverne de Platon

Dans cette caverne, vivent des hommes enchaînés qui en regardent le fond. Derrière eux, il y a un feu et, entre ce feu et eux-mêmes, un petit mur sur lequel défilent statues et objets divers. Ces hommes ne peuvent voir que les ombres projetées par le feu sur le fond de la caverne. Ces ombres sont la seule réalité à laquelle ils ont accès.

                 2- De la caverne de Platon à la diversité nécessaire

        Par sa métaphore de la caverne, Platon a introduit une idée qui éclaire la nature des infirmités d’un système percevant et même agissant. Qu’il s’agisse d’un individu, centré nécessairement sur lui-même, ou d’une nation située au cœur d’un continent, à l’instar des prisonniers de la caverne, tous plaquent, par un « transfert inverse » (3) sur un réel imparfaitement percu, des structures mentales ou culturelles qui leur sont propres. Voulant agir, ces individus et surtout ces nations, aveugles sur eux-mêmes comme sur le reste du monde, adoptent des attitudes dont les conséquences, à moyen et à long terme, leur échappent.

Ce type de difficulté est inévitable mais il pourrait être atténué si conscience était prise de son existence. De même que l’historienne peut totalement éviter de projeter les structures, sociales et mentales de son temps, sur l’époque qu’il étudie, de même les gouvernants devraient tenir compte de la possibilité d’une subjectivité à laquelle il leur appartient d’essayer de se soustraire.

Un autre concept, de nature systémique, est celui introduit par Ross Ashby sous le nom de «requisite variety» (2). Cette expression est traduite en francais le plus souvent par « variété requise », bien qu’Ashby ait recommandé de dire « diversité indispensable», et qu’il serait peut-être plus exact  d’écrire « diversité nécessaire » ou encore « diversité nécessaire et suffisante ».Si la diversité des méthodes, des stratégies, mises en réserve et se trouvant donc à disposition en face de situations imprévues, permet d’espérer l’usage d’une réplique adaptée, l’extrême morcellement des attitudes possibles au même titre que la tactique unique, sont à déconseiller par suite d’une complication excessive pour le premier et d’un risque d’inadéquation pour la seconde. Mais il y a un moyen terme entre les deux formes extrêmes de la fonction de Laplace-Gauss: le delta de Dirac et la « distribution aplatie » (2), entre le tout concentré et le tout réparti. C’est donc à un arsenal de réponses en nombre optimal, ni trop grand ni trop petit, que l’on doit songer. Il convient d’avoir plusieurs cordes à son arc mais il ne faut pas en avoir trop.

Cette diversité, convenablement dosée, a permis à certaines espèces de survivre, face à des changements dramatiques, en leur permettant  de mettre en œuvre des facultés précédemment inutilisées. La famine qui a touché l’Irlande au dix-neuvième siècle n’aurait pas eu la même ampleur si les habitants n’avaient pas pratiqué la culture presque exclusive de la pomme de terre et avaient pris l’habitude de consommer aussi le poisson abondant sur leurs côtes. Dans le domaines social, celui qui veut éviter de se trouver exclu doit posséder plusieurs compétences accompagnées d’une culture générale lui permettant un rétablissement adéquat, toutes choses qui vont à l’encontre de la spécialisation unique recommandée depuis plus d’un demi-siècle.

A un niveau plus élevé, on peut dire que, pour durer, une civilisation doit éviter la pensée unique tout autant que l’éparpillement  des doctrines. Elle doit avoir à sa disposition plusieurs visions recevables du monde car on la sait mortelle, au moins depuis Paul Valéry. Si elle est attaquée, de l’intérieur ou de l’extérieur, par des moyens inédits, elle ne peut faire face qu’en mobilisant des attitudes nouvelles. Si nous considérons maintenant l’humanité tout entière, pour survivre elle doit éviter le choix, volontaire ou imposé, d’une culture unique, car si elle apercoit les dangers auxquels elle est actuellement exposée, elle ne connaît pas ceux qui sont à venir. N’aurait-elle pas alors intérêt à sauvegarder la coexistence, espérée pacifique, de plusieurs cultures et de leurs moyens d’expression, à se placer entre la concentration abusive et la dilution inefficace. La mondialisation ne doit être synonyme ni de monolithisme rigide ni de vaine dispersion.

(1) Ashby W. R., 1956, An Introduction  to Cybernetics, Chapman and Hall, Londres, pp.206-213.

(2) Vallée R., 1995, Cognition et système, L’Interdisciplinaire, Limonest, pp.40-42 et p.76 (note 19).                             

                                
                    3  -  La
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Par sa métaphore de la caverne, Platon a introduit une idée qui éclaire la nature des infirmités d’un système percevant et agissant. Qu’il s’agisse d’un individu, centré nécessairement sur lui-même, ou d’une nation située au cœur d’un continent, à l’instar des prisonniers de la caverne, tous plaquent, par un « transfert inverse » (1,2) sur un réel imparfaitement percu, des structures mentales ou culturelles qui leur sont propres. Voulant agir, ces individus et surtout ces nations, aveugles sur eux-mêmes comme sur le reste du monde, adoptent des attitudes dont les conséquences, à moyen et à long terme, leur échappent. Ce type de difficulté est inévitable mais il pourrait être atténué si conscience était prise de son existence.

    De même que l’historien ne peut totalement éviter de projeter les structures, sociales et mentales de son temps, sur l’époque qu’il étudie, de même les gouvernants devraient tenir compte de la possibilité d’une subjectivité à laquelle il leur appartient d’essayer de se soustraire.

(1) Vallée R., 1955, Cognition et système. Essai d’épistémo-praxéologie, L’Interdisciplinaire, Limonest.

(2) Vallée R., 1998,  "An introduction to epistemo-praxiology", Cybernetics and Human Knowing, vol.5,  n.1, 47-55

                           

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 dernière mise à jour du site: 06.12.2008